L'archéosite de la Tour Roland

Un village médiéval en reconstruction :


Avec la Pierre et le Bois, Tailleurs de Pierre, Forgeron, Charpentiers, maçons, cordiers, charretiers, construisent un Château à Motte.

Le site de la Tour Roland, monticule de terre posté à l’ouest du village, est le témoin immuable de l’histoire, des événements importants vécus par les habitants de Lassigny dans l’Oise et des environs à travers les siècles.

Les textes anciens confirment l’existence d’une  Tour de guet au XIIe siècle qui s’est transformée au fil des ans en tour de justice.
Les fouilles Archéologiques menées en Avril 2011 ont commencé à apporter un éclairage nouveau sur ce pan oublié de notre histoire.

L’Archéosite de la Tour Roland, est un chantier d’archéologie expérimentale.

Il s’agit, comme à Guédelon dans l’Yonne, de recréer les processus d’organisation d’un chantier construction du Moyen Age.

Des reconstitutions fidèles sont réalisées avec les techniques et outils d’époque tels qu’ils étaient connus en Picardie du X au XIIe siècle.

La vocation première du site est d'être ouvert à un large public. L’emploi sur le chantier de nombreux oeuvriers , par le biais de ses ateliers, va favoriser parmi ses stagiaires, des vocations pour les métiers nobles.




La Tour Roland 


Extrait de l’excellent ouvrage : Lassigny par Madame Laurianne Leroy, Historienne locale et membre de l’Association Sauvegarde du Patrimoine.

A ce sujet, un texte du 18e siècle se trouvant aux archives départementales donne la description du fort dans un titre non daté. On y lit : « fort du comte Rolland neveu de saint Charlemagne, roy de France, sis à Lassigny et appartenant à l’évêque de Noyon ». 

En voici une transcription, d’après l’original [...] : 

Ce fort était composé et bâti d’une forte tour de pierres de taille et blocailles, entourée et couverte d’une haute terrasse fermée d’un grand fossé qui l’environne de toutes parts. 

De cette tour il n’en reste plus que huit ou dix pieds de largeur et autant de hauteur sur la croupe du fort sur laquelle on a fait graver une grande croix dans la pierre crayonnée, puis on l’a peinte de rouge, fort authentiquement en sorte qu’elle est vue de tous les paysans qui passent par des grands chemins royaux qui conduisent de Noyon à Montdidier, Beauvais, Roye et ailleurs. 

Ce fort est environné de toutes parts de chemins qui l’environne et est fort considérable pour sa grandeur, hauteur et étendue, dans lequel on a trouvé un pied de chandelier d’or et quelques pièces d’argent. Les anciens disent qu’il se voyait dans le fort de grandes … peintes de rouge… 

D’après l’analyse de ce texte, on conclut que des détails précis prouvent que la ruine de la tour n’était pas si ancienne. 

Toutefois, comme d’autres historiens, M. Mazière rapporte que cette forteresse aurait été construite par le comte de Vermandois, Raoul 1er. Et ce, malgré les protestations et l’opposition de Baudoin II de Boulogne, évêque de Noyon. 

Ce débat se termine en 1150, suite à un accord dans lequel il est convenu que la forteresse ne soit pas abattue et y reste. Et, que le comte et ses successeurs la tiendront en foi et hommage des évêques. 

A ce sujet, une note complète ce texte : Lassigny étant venu en 1213 en sa possession, Philippe Auguste, le roi, ne pouvant faire hommage à un vassal, dédommagea de cet hommage perdu l’évêque Etienne de Nemours en lui concédant, en accroissement du fief que les évêques tenaient déjà de la Couronne, tout ce qu’il possédait au dit Lassigny et Cuy. L’auteur conclut : il peut donc se faire que le « comte Rolland » de Lassigny ne soit autre que Raoul, comte de Vermandois, dont la légende a fait le neveu de Charlemagne, sur le simple rapprochement des noms : Rodulf, Raoul, Roland. 

M. Moët de la Forte-Maison rejette aussi la tradition légendaire, attribuée au paladin Roland. « Il prétend que cette tour tire son nom du chef de justice qui l’occupait et dont l’étymologie viendrait du mot allemand Rut-Land, qui veut dire pays. En résumé, la tour Roland serait une tour de justice, dans laquelle les vassaux venaient rendre hommage au châtelain, représentant l’évêque, apporter leurs redevances et se conformer aux sentences rendues par le bailli de la justice épiscopale. » Lassigny 

Effectivement, sur le texte des droits de l’Evêché de Noyon concernant la seigneurie de Lassigny, il est précisé que l’évêque Baudouin est en contestation avec Raoul 1er, dit le Vaillant, sénéchal de France, comte de Vermandois. Les comtes de Vermandois ont, dans leurs domaines, aux 11e et 12e siècles, la seigneurie de Lassigny. Raoul se croit en droit d’y faire construire une forteresse. Cette dernière est destinée sans doute à servir de poste avancé pour la défense des frontières de Picardie. 

Baudouin II prend ombrage de cette construction, qu’il regarde comme une atteinte à ses droits de suzeraineté sur la terre de Lassigny. Mais ses protestations restent vaines, il en réfère à son métropolitain, Samson, archevêque de Reims. Celui-ci s’entremet entre les parties et leur fait conclure en 1150, un traité comportant une transaction qui respecte les droits de l’évêque de Noyon dont suivent les conditions : 

- L’accord portait que la tour serait conservée, mais que les comtes de Vermandois la tiendraient à foi et hommage des évêques de Noyon. 

- Qu’ils ne pourraient s’en dessaisir par sous-inféodation, c’est-à-dire la donner en arrière-fief. 

- Qu’ils ne pourraient y abriter aucun vassal de l’évêque, ni du chapitre, ni empêcher l’exploitation des bois qu’ils avaient dans les environs. 

- Enfin que le comte de Vermandois serait tenu de remettre cette tour à l’évêque toutes les fois qu’il l’exigerait. 

La forteresse dont il est ici question est, très probablement, celle qui fut connue sous le nom de « Tour Rolland ». 

La forteresse 

Dans un acte de mai 1218, le chapitre concède à Albert de Hangest de sa part de bois de la Potière, pour la défricher et la tenir moyennant le terrage à la neuvième gerbe. Et dans les conditions à suivre, on lit : 

La justice sera au chapitre… Si un malfaiteur est pris sur la terre et ne peut donner caution suffisante, le preneur ou son sergent doit le conduire, après avoir appelé le maire du chapitre, à la forteresse de l’évêque de Noyon à Lassigny, où le sergent de l’évêque doit garder le prisonnier. F. 205. Voir le chapitre la Potière.

Vestiges 

Des écrits du 19e siècle nous apprennent que des médailles romaines ont été trouvées en 1850. Ainsi que des fossés d’enceinte dont la forme se dessinait parfaitement encore à cette époque. Lassigny 

La tour Roland paraît avoir été une construction distincte du château. Elle ne consiste plus qu’en une motte circulaire, ayant cent quatre-vingts mètres de circonférence, entourée de fossés larges de quinze mètres et recouvrant une grande quantité de fondations d’où l’on extrait journellement des pierres de taille et autres matériaux, note, Louis Graves. 

On y a retrouvé à différentes reprises des médailles, des ossements, des fragments de vases, des armes, des ornements et autres débris antiques. 

Le château 

Comme évoqué précédemment dans les chapitres, on mentionne un château à Lassigny au 12e siècle. Sa construction est liée à l’apparition d’un réseau secondaire de châteaux dépendant du comte de Vermandois dont les principales forteresses dans le secteur sont Roye, Nesle, Chauny, Thourotte et Montdidier. 

La dernière mention du château de Lassigny, en fonctionnement, date de la guerre de Cent Ans. 

Projet d’une nouvelle tour 

Aujourd’hui, la motte est toujours existante. Récemment, un projet titanesque a vu le jour. En partenariat avec la Commune, propriétaire du site, l’association de Sauvegarde du Patrimoine présidée par Bruno de Saedeler, entreprend l’édification d’une nouvelle tour. De plus, un village médiéval est actuellement en construction avec des procédés ancestraux. Ce projet fera l’objet d’un prochain ouvrage. 

A la suite des recherches effectuées sur le site, Richard Jonvel, archéologue médiéviste à l’Université de Picardie nous apporte une synthèse de sondage : 

A la demande de l’Association de sauvegarde du Patrimoine, le Service régional de l’archéologie a autorisé une campagne de sondages en 2011 sur la motte castrale. L’opération a été conduite par l’équipe de recherche du centre d’archéologie et d’histoire médiévales de l’Université de Picardie Jules Verne. 

Cette étude archéologique (terrain et post-fouille) a permis de rendre compte de la bonne conservation des vestiges construits et des niveaux de sols présents sur la plate-forme de la motte castrale malgré les bombardements de la Première Guerre Mondiale. 

Le sondage archéologique a été précédé d’une campagne de levée topographique pour cartographier le relief du site parvenu jusqu’à nous. La motte castrale de Lassigny se compose d’un tertre de 65 mètres de diamètre (fossé compris), haute de 5 m et ceint d’un fossé parfaitement circulaire d’une profondeur actuelle d’1,50m. Lassigny 

Pour l’étude du sous-sol, on a procédé à l’ouverture de trois tranchées (100m²). Les deux premières sur la plate-forme ont permis d’identifier une puissante tour maçonnée dont les fondations atteignent 2,54 m de large. En relation avec ce puissant édifice, plusieurs niveaux de circulation ont été repérés, révélant ainsi un exhaussement progressivement de la plate-forme entre le XIIIe et le XVIe siècle. 

Le comblement du fossé a été observé grâce à une troisième tranchée. C’est un fossé de 4 m de profondeur traversant les sables dites de Cuise. Rapidement comblé sur les deux tiers de sa hauteur un important curage est réalisé au cours de la guerre de Cent Ans. 

Le point marquant de cette première campagne archéologique, bien modeste au regard de la superficie du site (1,8 ha), est la mise au jour d’une puissante construction en pierre qui s’apparente aux fondations d’un donjon. Il est important de demeurer prudent quant à sa datation. Ce type de construction est assez courant dès le XIIe siècle dans la région. Il n’était pas dans l’intention du sondage archéologique de déterminer avec précision l’histoire de la motte castrale. Seule une étude scientifique sur le long terme permettrait d’élaborer une chronologie de l’évolution du château de Lassigny tout en notant que l’origine et la construction des mottes castrales est un axe de recherche en histoire médiévale constamment renouvelé depuis 40 ans. 

L’illustration représentée sur cette gravure était désignée comme étant celle de la tour Roland de Lassigny. Mais après des recherches documentaires et fouilles archéologiques, il s’est avéré qu’elle ne l’était pas. Lassigny


Le fief, la terre, le droit 

Au Moyen Âge, le fief désigne une terre, un droit ou un revenu qu’un vassal tient de son seigneur à titre de tenure noble moyennant certains services dus à celui-ci. 

Dans le domaine capitulaire de Lassigny, les propriétés de l’Eglise ne supportaient, comme les legs, ni les obligations féodales, ni celles des censives. Néanmoins, il pouvait en relever des fiefs. 

Un maire était chargé, sous les chanoines, de veiller à l’administration de ce bien éloigné, de percevoir les redevances et d’exercer une certaine juridiction. 

La mairie est devenue un fief héréditaire composé de la part de rentes, d’une maison et de terres que le chapitre a abandonné à son intendant pour son salaire. L’abbaye avait érigé en mairie son domaine de Lassigny. 

Dans un acte de 1196, figure Clarus surnommé le Petit Loup (Lupellus), comme maire de Lassigny. Dans les annales de l’abbaye, on lit : le don à Ourscamp de l’alleu des essarts de Lassigny, fait par Clair surnommé Lupel. Parmi les signataires figurent, Pierre dit OEil de Loup et Vicard la Poire. 

Avec le consentement des chanoines et de son fils Pierre, il cède aux cisterciens d’Ourscamp les droits dépendant de la mairie dans l’essart que les moines ont mis en culture contre un cens annuel dû au chapitre. Un an plus tard, le maire Wicard demande aussi un champ à Lassigny capable de recevoir 14 setiers de semence. En échange de 25 livres parisis et en plus, tous les droits de sa mairie sur les terres essartées par les religieux en accord avec sa femme Villane et leurs huit enfants. 

En 1196, Hugues, abbé de l’abbaye, figure nominativement dans un chirographe d’Etienne, évêque de Noyon, réglant un différend entre Eudes de Lassigny, chevalier, surnommé de Péronne, qui réclamait aux frères d’Ourscamp un revenu du carion1 à Lassigny (redditum qui vulgo carinus dicitur.) 

Vers 1197, une permission est accordée par l’évêque Etienne aux frères d’Ourscamp du passage libre sur ses terres à Lassigny et la dîme des essarts dans le dessens ² de Saint-Amand et de Tyrefol. 

1 Carinus doit être pris pour Cario, Carion ou dixième des dîmes à la charge du transport à la grange dîmeresse. 

² La prohibition signalée par ce nom ou par ceux de défés et defaix comprenait l’interdiction de la chasse, de la pêche, du passage et du pâturage pour toute personne autre que le propriétaire d’un alleu, soit pour les terres ou les bois. Lassigny 

En 1200, les privilèges et possessions de l’abbaye d’Ourscamp sont confirmés par le pape Innocent III. Dans cet acte, on évoque : le lieu même où est assis le monastère et les dons ajoutés par l’évêque Simon à la fondation primitive, les droits d’usage dans la forêt de Laigue, y compris la portion donnée par Jean, châtelain de Noyon ; celle acquise de Dreux Morican, le bois d’Eudes Gouin, ainsi que l’essart des Ecazieux et le don de Vautier de Vendeuil consistant en 20 muids de froment. Les granges de Voyaux, Parvillers, Puiseux, la Carmoie, l’Arbroie, Anteuil, Herbert-Lieu, Warnavillers, du Moulin du Saule, les granges d’Ereuses, Greuny, Waescourt, Setfours et de Lassigny. Et finalement, les biens donnés par Renaud et Pierre de Coucy ainsi que par le châtelain, la terre de Le veau de Magny, le bois de Morlainval et les terres et vignes de Bairi, la carrière de Mauconseil et les bois d’Orresmaux et de la Poiterie sont confirmés au monastère. 

En 1201, Ermentrude, châtelaine de Roye, dame de Lagny et son mari Jean de Crapeaumesnil donnent aux moines d’Ourscamp toute la terre labourable qu’ils possédaient à Lassigny « in villa de Lacheni ». En 1205, Milon, abbé de Saint-Martin de Tournai règle avec les frères d’Ourscamp, moyennant un cens de 18 muids de blé et 9 d’avoine à la mesure de Thourotte (ce qui réduit de 2 muids de blé la rente ancienne), ses droits sur la Carmoie, dépendant des biens de Lassigny, provenant du don de Roger, châtelain de Thourotte. 

En 1207, le maire Ansel et Ermengarde, mairesse de Lassigny et ses enfants cèdent au chapitre leurs droits de forage, de garde des récoltes des chanoines, le rachat de l’essart d’Aubert d’Hangest, du prévôt Renaud et de ses copropriétaires ainsi que de l’abbaye d’Ourscamp. Il en reçoit 8 livres parisis avec une rente d’un muid de froment à prendre sur la grange de Lassigny pour la tenir en fief et hommage libre comme leurs autres biens. En mai 1207, parait une sentence arbitrale par l’évêque Etienne I de Nemours terminant un différend entre le chapitre et l’abbaye d’Ourscamp d’une part, et les hôtes du chapitre à Lassigny d’autre part, sur le droit d’usage dans le bois de Lassigny donné à cultiver aux dits hôtes : 

Les hôtes n’auront plus de droit d’usage, moyennant remise des revenus payés au chapitre et à l’abbaye, sauf 2 chapons à livrer annuellement par chaque hôte sur sa maison, et un chapon sur une moitié de maison. Ladite redevance à partager, comme les précédentes, entre le chapitre et l’abbaye, dans les mêmes proportions, et ledit chapitre gardant tout droit de justice et seigneurie. Chaque maison ou moitié de maison devra être appropriée pour faire une habitation. Si le roi demande au chapitre une contribution, celui-ci réclamera à chaque hôte deux sous au plus et fera le surplus de la somme demandée sur sa part propre du bois, l’abbaye concédera à Geoffroy de Crémery 3 muids 5 setiers de terre. F°157